Mon premier nu

J’ai toujours eu un problème avec la nudité.

Pas celle des ateliers de peintres, ni celle des vestiaires, bien que je ne sois jamais hyper à l’aise quand vient le moment de retirer mon sous-tif de danse rose fluo.
Les naturistes, quand je les imagine achetant leur PQ au supermarché, m’ont toujours fait marrer (de même que les gothiques, mais c’est une autre histoire).

Je vous parle plutôt de cette nudité dont on nous gave à longueur de journée. La nudité en tant que produit d’appel, celle qui s’adresse aux bites à la place des cerveaux. Qu’on nous foute une meuf à poil pour vendre un film, une caisse, un yaourt, un sonotone (comment ça, ça n’a pas encore été fait ? Mais que font ces gentlemen de la pub ?!?) m’a toujours fichue en rogne.

Et cette meuf à poil, elle aussi, m’a toujours mise mal à l’aise, qu’elle soit là pour refourguer un gel douche, un frigo, ou un déboucheur de chiottes, provoquant en moi un drôle de sentiment, entre l’exaspération, l’abattement et la tristesse.

Et c’est encore pire quand elle montre son cul pour se vendre elle-même. Mais meuf (oui, je m’adresse souvent aux filles à poil en 4 X 3), t’as un problème de confiance en toi c’est ça ? T’es persuadée que la personne que tu es n’intéressera jamais assez les gens, et qu’avec les tétons au vent, ça passera mieux ? Ou alors t’es ultra-adaptée à ton époque ultra-libérale, donc forcément cynique, et tu sais qu’avec ton cul tu peux te faire de la maille vite fait bien fait. Mais nom d’un string léopard, c’est trop facile ! Trop facile ? Elle s’est contrefiche bien sûr, pour elle seul le résultat compte, or elle les obtient, les spotlights et la maille, à quoi bon se prendre la tête à vouloir s’élever un peu plus haut hein ?

Généraaation désenchantéééée, chantait l’autre, fort justement.

Bref.

J’ai toujours eu un problème avec la nudité, disais-je donc (tout ça pour ça, me direz-vous, et sans doute aurez-vous raison).

GOLSHIFTEH-FARAHANI-EGOISTEEt puis Golshifteh Farhani a posé nue en couv de la revue Egoïste.

Cette nana, depuis le jour où je me suis mise à chialer devant l’affiche d’un de ses films dans la salle d’attente d’une boite de prod, est pour moi la plus belle femme du monde (le film en question, My Sweet Peperland, est en revanche complètement dispensable). Je sais pas pourquoi, c’est comme ça, elle m’émeut, j’ai l’impression quand je la regarde que son âme est aussi belle que son enveloppe charnelle, c’est probablement n’importe quoi mais j’y peux rien, je suis amoureuse d’elle.

Donc voilà mon idole à poil. Eh bien contre toute attente, Golshifteh m’a réconciliée avec le nu. Parce cette nudité-là ne cherche pas à vendre quoi que ce soit. C’est un corps et un regard qui disent doucement mais fermement « JE SUIS LIBRE ». Avec cette série de photos, Golshifteh, qui dans l’interview qu’elle donne à Serge Bramly rejette le statut de victime qu’on lui a collé aux fesses, pose et se pose en sujet, et non en objet. Ce corps nu est si fragile… Je me dis qu’il en faut de la force de caractère et du courage pour l’exposer ainsi à la fureur des censeurs fous, sans protection aucune. Mais c’est justement cette fragilité qui fait sa force, et c’est là qu’en plus d’être beau, c’est bon. Dans ta face, le censeur fou.

Ces photos, je vais les encadrer et les afficher chez moi. Comme Golshifteh, je viens d’une communauté musulmane, shiite. De gens peace hein, je vous rassure. Mais il y a des choses qui chez nous « ne se font pas ». Jusqu’à ce que quelqu’un finisse par les faire…

Syngué Sabour