Anna Fjord ou la tentation nordique

Quelqu’un essaie de me tester, c’est certain. Tous les jours, je suis obligée de passer devant la boutique d’Anna Fjord, qui se trouve sur le chemin de l’école de mon fils. Sachant que depuis la réforme des rythmes scolaires le nombre de jours d’école est de 180 par an, et que je passe 4 FOIS PAR JOUR devant cette boutique (déposer l’enfant, rentrer bosser. Ressortir chercher l’enfant, rentrer avec lui à la maison), calculez le nombre de fois où la pauvre âme que je suis est soumise à la tentation. Ouais 720.

720 tentations ! Et moi qui essaie d’être de plus en plus décroissante, vestimentairement parlant. Moi qui conspue la société de consommation à longueur de statuts Facebook. `Ah ! Rabhi et compagnie peuvent aller se rhabiller (je suis en train de me lancer comme challenge d’y aller un peu plus fort dans le jeu de mot pourri à chacun de mes nouveaux posts). J’ai compris depuis longtemps, moâ, qu’acheter, posséder, et paraître ne font pas le bonheur.

Quelqu’un a du se dire, nan mais elle va arrêter de se la jouer, la passionaria verte à deux balles, là ? Et donc quelqu’un a transformé le chemin de l’école en chemin de croix, en y plaçant sournoisement la boutique d’Anna Fjord plutôt qu’une boutique Desigual.

Mais qui donc est Anna Fjord ? Anna Katrine Madsen naît au Danemark et galope à travers la campagne de ce beau pays pendant toute son enfance. Ses parents sont francophiles et c’est sans doute un peu à cela qu’elle soit sa vie d’aujourd’hui.  Parisienne depuis 7 ans, elle continue à fuir la foule de la grande ville mais aime les rencontres qu’on y fait, la diversité des gens que l’on y croise.

Physiquement c’est une sorte d’apparition, une héroïne hitchcockienne des temps modernes. Des cheveux courts presque blancs à force d’être blonds, un visage fin, des yeux bleus fjord, évidemment. Et une allure à tomber à la renverse. Son allure, ce sont sa grâce, son port de tête qui la font, mais aussi ses vêtements.

Anna, tiens tiens, porte en effet presque exclusivement ses propres créations. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle est venue à la couture : elle a commencé par dessiner ce qui lui faisait envie, des modèles qu’elle n’arrivait pas à trouver dans le commerce. Et puis une amie prof de stylisme lui a trouvé un talent certain, un don pour associer les couleurs, les matières, et lui a appris son savoir-faire. Les profs, les copines à la fac ont commencé à lui demander d’où elle sortait ces merveilles, à lui en commander des pièces.

Fast forward. Anna est à Montpellier dans le cadre de sa licence de français, les hasards de la vie la conduisent à Paris où elle mène une vie de dingue : traductrice le jour, serveuse la nuit, sans oublier la couture. Sa bonne étoile lui sourit, elle trouve une boutique à louer au pied du Sacré Cœur, celle-là même où oui, je l’avoue, j’ai craqué.

A ma décharge, avoir résisté aussi longtemps (plus d’un an !) tient du miracle. Les coupes d’Anna sont magnifiques. Simples, épurées. Les matières, nobles (beaucoup de laine, mélangée à du jersey, à du cachemire, avec des empiècement en velours, en soie…). Les couleurs sont intenses, profondes. J’ai craqué pour un pull et un pantalon. La prochaine fois ce sera une redingote. Ses redingotes, doux jésus ! On se damnerait pour elles.

Et mes bonnes résolutions ? Bé…C’est Anna qui dessine les vêtements qu’elle vend et qui en choisit les tissus, pour leur qualité. L’assemblage est réalisé non pas dans un sweat shop à l’autre bout du monde mais à Paris, près de chez moi. Forcément, tout ça coûte plus cher que ce que je pourrais trouver chez Mango, Zara & Cie. On est plus proche niveau prix de la sainte trinité Sandro-Maje-ClaudiePierlot. Sans le désagrément de voir les mêmes sapes que les siennes sur le cul de toutes les pépées parisiennes.

Qualité et rareté VS quantité et banalité… Mon choix et fait !

Allez ça va, j’ai pas trop envie mais je vous la file l’adresse…

C’est au 19 rue André del Sarte, dans le XVIIIe, que ça se passe. Mais attention, la prochaine qui a une redingote Anna Fjord avant moi est obligée de me la prêter. Nan mais.